Baleine esseulée

Tu te caches dans tous les coins de rue
Gants sur les mains, prêt à récidiver
Tous nos coups tordus se sont envolés
Pourtant, je dois rejouer nos abus.

Je t'imagine encore et encor
Tes mains sur moi, des caresses déguisées
En bataille mortelle ou nos baisers
Quelle était la véritable atteinte à nos corps ?

J'ai du arracher ton coeur au mien
Et redécouvrir ses dures couleurs :
Rage, tendresse, amour, colère et peur
Mélangés, t'aveuglent et tu n'es rien

Qu'un coquillage fermé, prêt à tout
Pour taire la cacophonie en toi
Quitte à me laisser t'arracher de moi.
Voilà, j'ai du donner le dernier coup;

Même si tu me l'as bien rendu :
Tes fantômes ne peuvent me cogner
Car ton cœur m'a déjà toute oubliée
Et je me trouve entièrement perdue.

Alors, le calice jusqu'à la lie :
D'autres mains sur moi, des caresses assumées
Qui ne suffisent pas à t'effacer,
Mais comble le vide acéré de mon lit,

Passent et me dépassent, sans rosser mon coeur.
Amours tendres ne laissent pas de bleus :
Sans couleurs, comment être affectueux ?
L'agressivité est soeur de douceur.

Alors, banacle et baleine, symbiose
Détestée, ne doivent se séparer
Qu'au risque de voir l'une se taillader
Pour satisfaire ses névroses

Et se faisant, enfin synthétiser
Les marques que la banacle laissait
Sur son corps qu'elle continue d'abîmer
Par le ressac de souvenirs vidés.